troubles dans le Nord Ouest 1783-1794

TROUBLES DANS LE NORD OUEST
1783 - 1794

 

Certains des anciens alliés autochtones de la Grande-Bretagne décident de demeurer dans la nouvelle république américaine, un choix que beaucoup vont regretter. Dès que les interdits imposés par la Proclamation royale de 1763 et le Traité de Fort Stanwix de 1768 sont abolis, la position du gouvernement américain est que les nations qui ont combattu dans le camp des Britanniques pendant la guerre sont des peuples conquis et que leur territoire est confisqué. Il impose de durs traités aux Iroquois vivant toujours aux États-Unis, les chassant de leur territoire traditionnel pour les confiner dans des réserves. Ironiquement, les plus mal traités sont les Oneidas et les Tuscaroras qui ont appuyé les révolutionnaires pendant la guerre. Les Américains ont moins de chance avec les peuples algonquiens et iroquoiens qui vivent plus à l’ouest dans la vallée de l’Ohio. Plus nombreux, plus unis pour défendre leur territoire et plus éloignés des centres de population blanche, ceux-ci refusent toute modification de la frontière de la rivière Ohio fixée dans les années 1760. Or, le gouvernement américain victorieux, mais au bord de la faillite, considère cette région comme son patrimoine, son héritage, et il a besoin des revenus de la vente de ces terres pour rembourser ses importantes dettes de guerre. Tout est en place pour un nouveau conflit.

 

 Les nations du Nord-Ouest (les États modernes de l’Illinois, de l’Indiana, du Michigan et de l’Ohio) fondent en 1786 une nouvelle confédération qu’ils baptisent « les Nations indiennes unies », afin de défendre leur territoire. Le jeune gouvernement américain, coincé entre une masse de colons désireux de s’installer dans la région de l’Ohio et des Autochtones intraitables qui tiennent mordicus à conserver la rivière comme frontière, doit intervenir militairement après que la Confédération autochtone eut attaqué des colonies illégalement implantées de son côté de la rivière. En septembre 1790, le brigadier-général Josiah Harmar reçoit l’ordre « d’expulser, si possible » les attaquants et, à la tête de 1 400 réguliers et miliciens, il part de Fort Washington (aujourd’hui Cincinnati) pour envahir le territoire miami. Il est de retour à sa base moins de trois semaines plus tard, ayant perdu plus de 200 hommes et ayant dû se contenter de brûler quelques villages abandonnés.

 

Les Américains ont perdu tout espoir d’une victoire rapide. Un membre du Congrès résume ainsi la situation : « Nous faisons face à une terrible guerre indienne », car la Confédération, plutôt que d’avoir été humiliée par l’expédition Harmar, « semble déterminée à mener une guerre générale ». Au début de l’été de 1791, le major-général Arthur St. Clair rassemble une force plus importante – 1 500 réguliers et 800 miliciens – mais doit retarder son départ pour entraîner une armée composée de recrues qu’un membre de l’état-major qualifie de « déchets des cités et villes, aveulis par l’oisiveté, la débauche et des vices de toutes natures ». St. Clair ne peut se mettre en marche qu’en septembre, à pas de tortue et accompagné d’une longue horde de civils. À l’aube du 4 novembre 1791, le campement de St. Clair, établi sur les rives de la rivière Wabash, est attaqué par 2 000 guerriers dirigés par le Shawni Blue Jacket, et le Miami Michikinikwa (Petite tortue), chefs de guerre de la Confédération. Vieux, malade et affaibli, St. Clair a négligé de disposer des sentinelles autour de ce campement mal situé, mais les deux premières attaques sont tout de même repoussées.

Cependant, raconte un témoin, les guerriers, « irrités au-delà de toute mesure », se replient simplement pour se réorganiser
… à courte distance, où ils se regroupèrent par tribu et, chacune menée par son propre chef, ils revinrent à l’assaut tels des Furies et s’emparèrent presque immédiatement de près de la moitié du camp – ils y trouvèrent une rangée de sacs de farine et de provisions qui leur servirent de rempart derrière lequel ils maintinrent un feu nourri et constant; les Américains les chargèrent plusieurs fois à la baïonnette, mais furent à chaque fois repoussés; finalement, le général Butler, commandant en second, ayant été tué, la confusion s’empara des Américains, ils durent abandonner leur canon, autour duquel furent tués une centaine de leurs plus braves soldats, la déroute devint générale et se fit dans le plus grand désordre; les Indiens les pourchassèrent sur six milles et plusieurs tombèrent, victimes de leur furie.

À la fin de l’engagement, les Américains comptent 647 hommes tués et 229 blessés; ils ont en outre perdu 21 pièces d’artillerie et tous leurs approvisionnements. Chez les Autochtones, on dénombre une cinquantaine de guerriers tués ou blessés. La bataille de Wabash est la plus grande victoire militaire jamais remportée par les Autochtones sur les forces armées des États-Unis.

 

À la suite de ce triomphe, la Confédération du Nord-Ouest ravage durant presque deux ans les colonies implantées du côté indien de la frontière de 1768, mais s’abstient d’attaquer en territoire américain. Elle profite, tout au long de cette lutte, des conseils du département britannique des Affaires des Sauvages de Détroit, qui ignore cependant ses demandes d’appui militaire, même si la Grande-Bretagne a conservé ses postes au sud de la frontière. La Grande-Bretagne s’offre comme médiatrice et propose la création d’un État autochtone neutre et indépendant entre le Mississippi, l’Ohio et les Grands Lacs, mais, comme il fallait s’y attendre, le gouvernement américain rejette catégoriquement ce qu’il considère comme une ingérence intempestive dans ses affaires intérieures. Pendant presque trois ans, la Grande-Bretagne, les États-Unis, la Confédération du Nord-Ouest et les Six-Nations du Canada (représentées par Joseph Brant) organisent une série de conférences dans l’espoir de résoudre la controverse au sujet des frontières, mais les Autochtones du Nord-Ouest ne cèdent pas d’un pouce, tenant absolument à ce que la rivière Ohio demeure la frontière.

 

Leurs rêves d’indépendance s’écroulent en 1794 lorsqu’une nouvelle armée américaine, bien entraînée cette fois et commandée par le major-général Anthony Wayne, envahit leur territoire et repousse une série d’attaques autochtones avant de remporter, en août, la grande victoire américaine de Fallen Timbers. Lorsque les commandants militaires britanniques refusent toute aide militaire aux guerriers autochtones en pleine retraite, la Confédération du Nord-Ouest commence à se disloquer. La tension dans les relations entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, aggravée par les troubles dans le Nord-Ouest et des frictions relatives à la navigation en haute mer, s’atténue avec la signature du Traité Jay (1794). Par ce dernier, la Grande-Bretagne cède les postes qu’elle a conservés en sol américain en échange de la garantie que les sujets britanniques et les Autochtones seront libres de franchir la frontière à leur gré. Cette issue désespère la Confédération : les Britanniques les ont encore abandonnés. Certains Autochtones s’enfuient au Canada, mais la plupart signent en 1795 avec Wayne un traité de paix qui cède aux Américains toute la vallée de l’Ohio. La résistance aux États-Unis, qui a duré 12 ans, est brisée, mais elle aura néanmoins fourni amplement de temps à la jeune province du Haut-Canada pour prendre racine et prospérer.

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