rebellions au canada 1837-1838

REBELLIONS AU CANADA
1837 - 1838

 

Le premier acte de rébellion ouverte est posé le 4 novembre 1837 dans le Bas-Canada. Une troupe de 75 patriotes commandée par Joseph-Narcisse Cardinal, qui cherche à se procurer des armes, est mêlée à une échauffourée avec des Mohawks de Caughnawaga (aujourd’hui Kahnawake). Une Amérindienne qui cherchait sa vache perdue avait vu le groupe approcher et elle était allée en toute hâte prévenir le chef. Elle le trouva à la messe, le prévint et l’église se vida instantanément. Quant les patriotes s’avancèrent sur le chemin à l’entrée du village, les Amérindiens dissimulés dans les bois des deux côtés de la route les attendaient de pied ferme. Le chef amérindien s’avança seul, grave et désireux de savoir quel était le but de cette visite non annoncée. Sur le même ton solennel, Cardinal répondit que les patriotes avaient besoin d’armes. De quelle autorité, demanda le chef, se réclamait-il pour faire une telle demande? « De ceci! », dit Cardinal, sortant de sa poche un pistolet qu’il pointa sur la tête du chef.

Ce fut son dernier geste guerrier. D’un coup rapide de la main, le chef écarta l’arme pointée vers lui. Des cris de guerre à figer le sang rompirent le calme du dimanche et une centaine de guerriers armés encerclèrent rapidement les patriotes. Des soixante-quinze membres de l’expédition, onze seulement réussirent à s’échapper, mais le chef disposa promptement des autres […] Au milieu de la matinée, ils traversèrent à Lachine pour livrer soixante-quatre insurgés à la cavalerie volontaire…

 

Dans les semaines qui suivent, on assiste dans le Bas-Canada à une escalade de la violence, qui débute dans les rues de Montréal par des bagarres entre des groupes de patriotes, appelés Fils de la Liberté, et les Loyalistes du Doric Club. La Riot Act (loi sur les émeutes) est proclamée et les troupes britanniques ne tardent pas à rétablir l’ordre, mais l’agitation est de plus en plus vive dans les campagnes et un conflit ouvert semble imminent. Le 16 novembre, les pouvoirs publics lancent des mandats d’arrêt contre 26 chefs patriotes.

Le gouvernement compte sur le soutien des communautés autochtones dans la crise. Une directive expédiée en novembre 1838 par John Macaulay, secrétaire de l’administration civile pour le Haut-Canada, exige les mesures suivantes de la part des fonctionnaires de la colonie :


Le lieutenant-gouverneur ayant pris connaissance de l’existence, à l’intérieur de la frontière américaine, d’une importante organisation visant à envahir leur [sic] province, j’ai reçu l’ordre de vous prier d’amener les Indiens de votre secteur à se tenir prêts au combat et à agir promptement et efficacement sous votre commandement au moindre avertissement qui pourrait vous être communiqué d’une invasion par un ennemi étranger ou d’une insurrection en instance d’aide étrangère, dans toute partie de la province.

Les Autochtones, on le comprendra, ne sont pas tous très chauds à l’idée de participer aux batailles des Blancs. À la mission St. Clair (aujourd’hui Sarnia, en Ontario), les disciples de Pazhekezhikquashkum déclarent :
… nous considérons que le mieux est de nous asseoir en fumant nos pipes et de laisser ceux qui aiment la poudre et les balles livrer leurs propres batailles. Nous avons consulté, il y a quelque temps, les Indiens qui nous entourent et nous avons tous convenu de rester tranquilles; nous espérons que tous les Indiens en feront autant, car nous n’avons rien à gagner et tout à perdre en combattant […] Serions-nous assez stupides pour nous laisser entraîner dans une guerre contre les Blancs d’un parti ou de l’autre, nous n’en serions encore que plus détestés de ces derniers. Nous nous contenterons de remarquer que personne ne peut nous obliger à aller nous battre pour quelque camp que ce soit; nous mentionnons ce fait afin que, si l’on vous y invitait, vous sachiez que vous êtes des hommes libres et que vous n’êtes assujettis à personne qui ait l’autorité de vous obliger à prendre les armes.

 

Certains Loyalistes craignent néanmoins que les Indiens, même s’ils ne se joignent pas aux rebelles, se soulèvent pour leur propre compte. En fait, la majorité des Autochtones préfère le gouvernement en place et redoute les effets qu’une république à l’américaine pourrait avoir sur leur situation et leur bien-être. C’est ce qui explique les nombreux contingents autochtones qui offrent leur appui aux autorités britanniques et aux commandants de milices loyalistes des deux Canadas. Un jour environ avant la bataille de Saint-Eustache, alors qu’il semblait encore que les combats pourraient être beaucoup plus violents, environ 200 Mohawks de Caughnawaga rejoignent les forces loyalistes aux environs de Montréal et de Lachine. « Tous les guerriers de Caughnawaga traversaient pour rejoindre la brigade de Lachine », se rappelle John Fraser, l’un des Blancs de la brigade. « L’arrivée des guerriers indiens est saluée par des cris de bienvenue de la […] troupe de bénévoles » . Les Iroquois de la rivière Grand, commandés par William Johnson Kerr, et des Mohawks de Tyendinaga (Deseronto), conduits par John Culbertson, aident à repousser les rebelles de l’intérieur et les « patriotes » venus des États-Unis. Kerr relate fièrement que « les guerriers indiens ont répondu avec empressement et se sont joints à leurs frères de la milice pour défendre le pays, ses lois et ses institutions, à une époque où il n’existait pas de troupes régulières dans le pays […] qu’il soit dit, à leur honneur, qu’il n’y avait parmi eux ni Indiens radicaux ni Indiens rebelles. » Tyendinaga offre de fournir assez d’hommes pour former une compagnie de fusiliers, mais on ne sait pas avec certitude aujourd’hui si cette compagnie a réellement été créée. Anthony Manahan, officier de la milice, écrit au colonel James FitzGibbon en ces termes : « une bande d’Indiens qui est ici avec le chef John Culbertson […] a exprimé le souhait de se joindre à mon régiment en tant que compagnie de fusiliers volontaires dont Culbertson serait le capitaine. […] Je vous prie d’accorder une attention favorable à cette idée d’une compagnie de fusiliers indiens. Une telle compagnie ferait davantage qu’un régiment d’infanterie régulière pour réprimer les troubles, à cause de la terreur qu’ils [les guerriers indiens] inspirent. »

Sir George Arthur, qui succède à Francis Bond Head au poste de lieutenant-gouverneur du Haut-Canada, expédie ensuite à lord Glenelg, secrétaire aux Colonies en Angleterre, une lettre qui explique et justifie le recours aux guerriers autochtones :


À plus d’une reprise depuis l’automne dernier, les Indiens ont été invités à se porter à la défense du Pays. L’hiver dernier, ils ont fourni un fort contingent pour protéger la frontière du Niagara qui était menacée par une force armée considérable, constituée de réfugiés canadiens et d’aventuriers américains qui s’étaient emparés de l’île Navy; et à cette occasion, de même qu’à chaque fois que leurs services eurent été requis par mon prédécesseur, leur conduite a été tout à fait irréprochable.

En faisant appel à leurs services en juin dernier, j’avais pour objectif principal de couper les communications entre le groupe d’insurgés et de bandits, en armes à Short Hills, et la partie désaffectée des districts de London et de Talbot, et d’intercepter tous les fugitifs. Les Indiens furent ainsi employés à une tâche qui leur convenait particulièrement bien […]

Les guerriers de ces tribus, qui répondirent rapidement à mon appel, étaient dirigés par des chefs qui appliquèrent volontiers mes recommandations formelles concernant le maintien d’un ordre rigoureux et l’observance scrupuleuse des lois de la guerre civilisée.

Vingt-sept (27) soldats et près de 300 rebelles sont tués au cours de la campagne du Bas-Canada, et un nombre bien inférieur dans la rébellion du Haut-Canada. En tout, plus d’une douzaine de rebelles sont envoyés au gibet et des douzaines d’autres sont bannis et expédiés dans la colonie pénitentiaire britannique de Van Diemen’s Land (l’actuelle Tasmanie), au large de la côte Sud-Est de l’Australie.

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