la milice canadienne 19eme siecle

LA MILICE CANADIENNE
19EME SIECLE

 

 En dépit de la stabilité et de la paix relatives qui règnent au Canada pendant le reste du XIXe siècle, la dimension militaire n’est jamais absente. Celle-ci est évidente dans les traités que la Couronne négocie avec les peuples autochtones de l’Ouest. Ces derniers sont incités à cesser tous les combats avec les Européens ou les autres nations autochtones et à vivre en paix. Fait d’importance, plusieurs groupes autochtones craignent que la signature d’un traité ne les oblige à combattre pour la Couronne. Le négociateur de la Couronne, Alexander Morris, assure les Saulteux lors de la négociation du Traité 3 (aussi connu sous le nom de Traité de l’angle Nord-Ouest) en 1873 que « les Anglais n’entraîneront jamais les Indiens à l’extérieur du pays pour combattre à leurs côtés ». De même, à Fort Pitt en 1876, les Cris reçoivent l’assurance suivante : « Vous demandez de ne pas être obligés de combattre en cas de guerre. J’ai confiance qu’il n’y aura pas de guerre, mais s’il devait y en avoir une, je pense que la Reine vous laisserait à l’écart. Je suis certain qu’elle ne demanderait pas à ses enfants indiens de combattre pour elle, sauf si ceux-ci le désirent. » Ces assurances verbales vont s’avérer importantes lors des crises de la conscription des deux guerres mondiales au XXe siècle. À l’époque, ces exemples montrent que les capacités militaires des guerriers autochtones, bien que latentes, demeurent pertinentes, tant pour les Autochtones que pour l’État.

Toutefois, ni le gouvernement impérial ni le gouvernement canadien ne définissent officiellement de rôle ou de structure pour les peuples autochtones dans l’établissement de la défense du Canada au XIXe siècle. En 1855, l’ancienne milice sédentaire non rémunérée est tombée en désuétude et le gouvernement des deux Canadas (l’Acte d’Union a réuni en 1840 le Haut et le Bas-Canada, devenus le Canada-Est et le Canada-Ouest) estime nécessaire d’adopter une nouvelle Loi de la Milice qui conserve le principe d’un service militaire universel non rémunéré auquel on peut avoir recours en cas d’urgence, mais crée aussi une nouvelle milice active ou volontaire, forte de 5 000 hommes équipés par le gouvernement et rémunérés 10 jours par année pour s’entraîner. Face à la menace de l’expansionnisme américain, le gouvernement canadien ne tarde pas à doubler l’effectif autorisé. Pourtant, à part quelques exemples locaux de petites unités de milice autochtones, il n’existe au Canada rien d’équivalent aux unités d’éclaireurs ou aux unités régulières autochtones séparées qu’on retrouve aux États-Unis. Cela s’explique en partie par les conflits qui sont plus rares dans l’Ouest canadien, de sorte que le besoin de telles forces y est moins grand.

La place limitée des guerriers autochtones dans la milice tient aussi à la structure et au rôle de cette organisation dans la société canadienne de l’ère victorienne. Après la réorganisation et l’expansion de la milice active, servir dans la milice devient de plus en plus à la mode et l’appartenance aux nouvelles unités ne tarde pas à être un symbole de statut social. Devenues des sortes de clubs réservés aux hommes, les unités rivalisent les unes avec les autres dans des compétitions de tir et de drill. On attend souvent des hommes qu’ils fassent don de leur solde à leur unité, qui s’en sert pour faire l’achat de trophées et de décorations ou pour organiser des dîners régimentaires. En 1862, les colonies des Maritimes emboîtent le pas, « de sorte que l’on voit bientôt 18 000 miliciens défiler joyeusement pendant leurs temps libres dans les cités et villes de toute l’Amérique du Nord britannique ». Les mots clés sont ici « cités et villes ». Il n’y a que peu d’unités rurales; il existe bien sûr des compagnies dans différents villages, mais la plupart ont la taille d’un bataillon et on les retrouve dans les centres populeux, où il est plus facile de réunir un grand nombre d’hommes. Cette organisation urbaine élitiste tend à marginaliser la participation des Autochtones, dont les collectivités sont surtout rurales. Elle montre aussi que l’on fait de moins en moins appel, contrairement à auparavant, à des contingents tribaux ou nationaux d’Autochtones comme combattants non spécialisés.

 

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