guerre de corée 1950-1953

LA GUERRE DE CORÉE
1950 - 1953

Pour la guerre de Corée, les Indiens répondirent encore favorablement a l’appel de leurs pays pour des soldats. Encore une fois, leur nombre d’enrôlement dépasse tous les pourcentages par race et encore une fois, le nombre de volontaire frôle les 90%.

 L’un des plus grand amérindiens de cette guerre fut Joseph J Clark, indien Cherokee. Simple marin dans la Navy américaine durant la première guerre mondiale, il servit avec distinction durant la seconde guerre et quittera l’armée après avoir servis durant la guerre de Corée avec le grade d’amiral de la 7eme flotte américaine.

 

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La plupart des soldats indiens engagés ne suivaient pas une tradition guerrière mais bien une tradition familiale. Soit les soldats en Corée étaient des vétérans de la Seconde guerre, soit ils étaient les fils et petits-fils de Soldats des deux guerres mondiales. Trouver un travail et une paye étaient également la raison principale de leur engagement dans cette guerre.

En signant la Charte des Nations unies (ONU) à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Canada réaffirme sa volonté de paix et de coopération internationale. Cette nouvelle organisation, née de la certitude que toutes les nations partagent un intérêt commun pour la paix et la sécurité, le développement économique, la justice sociale et les droits et libertés fondamentaux de la personne, suscite de grands espoirs. Après avoir combattu pour défendre ces valeurs au cours des deux guerres mondiales, les Canadiens espèrent créer chez eux un « nouvel ordre mondial ». Le monde est désormais en paix et les Autochtones qui rentrent au pays après avoir servi outre-mer ramènent avec eux le rêve d’une société plus juste où ils seraient désormais des partenaires et non plus de simples « pupilles ». D’anciens combattants autochtones prennent la parole aux audiences parlementaires pour faire valoir leurs droits et insister sur la nécessité d’un respect mutuel. Les changements vont être lents, mais leurs efforts attirent l’attention nécessaire sur les souffrances des peuples autochtones du Canada.

Le diplomate John Holmes qualifie les premières années de l’après-guerre de « période d’espoir et de crainte ».  Les forces armées du Canada ont été considérablement réduites une fois la guerre terminée, mais la tension croissante dans les relations soviéto-américaines, à la fin des années 1940, pousse le Canada à les reconstituer. Il n’y avait pas beaucoup de militaires autochtones dans les services réguliers que sont la Marine royale du Canada, la Milice active ou l’Aviation royale du Canada avant la guerre, mais certains sont restés sous les drapeaux ou se rengagent quand la guerre froide s’installe. Ils serviront en Extrême-Orient quand les craintes d’une agression communiste s’avéreront fondées.

L’invasion de la Corée du Sud par les communistes de la Corée du Nord, le 25 juin 1950, représente un test important pour les dispositions de sécurité collective de l’ONU et montre que la guerre froide ne se livrera pas sans effusion de sang. L’ONU réussit à adopter une résolution d’appui à la défense de la Corée du Sud et les Américains ne tardent pas à engager d’importantes ressources militaires dans le conflit. Le Canada et de nombreux autres pays alliés contribuent à la constitution de la force multinationale réunie pour défendre le principe de la sécurité collective. Même si on le qualifie techniquement d’« action de police » de l’ONU, le conflit coréen, officiellement baptisé « Opérations des Nations unies en Corée, 1950-1953 », conduit à une réorganisation de la vie économique et sociale de la nation canadienne.

 

Les premiers Canadiens à servir sur le théâtre des opérations coréen font partie de la Marine royale du Canada. Trois destroyers de classe Tribal appareillent pour l’Extrême-Orient en juillet 1950 : les Navires canadiens de Sa Majesté (NCSM) Cayuga, Athabaskan et Sioux. Les NCSM Nootka, Iroquois, Huron et Haïda les suivront plus tard. Tous ces navires portent les noms de tribus indiennes et leurs équipages comprennent des marins autochtones. Le Premier maître de 2e classe George Edward Jamieson, de la bande Upper Cayuga des Six-Nations, fut probablement l’Indien le plus haut gradé de la Marine royale du Canada pendant la guerre de Corée. Ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, Jamieson a participé à des missions d’escorte de convois pendant la bataille de l’Atlantique et il est resté dans la Marine après la guerre. Il est chef instructeur de torpillage anti-sous-marin à bord du NCSM Iroquois quand ce navire est envoyé dans les eaux coréennes en 1952. Trois ans plus tard, il est promu premier maître de 1re classe, le grade le plus élevé chez les militaires du rang dans la Marine. Russ Moses, lui aussi des Six-Nations, se trouve à bord de l’Iroquois le 2 octobre 1952 quand celui-ci est mêlé à un échange de feu avec une batterie côtière nord-coréenne qui fait 13 victimes à bord. « J’étais bien content de m’en sortir », se rappelle-t-il. En tout, Moses servira 5 ans dans la Marine royale du Canada et 10 ans dans l’Aviation royale du Canada.

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Ronald Lowry – un Mohawk de la baie de Quinte – s’enrôle dans la Marine en 1949. « Mon ami voulait entrer dans la Marine pour apprendre un métier, dira-t-il plus tard. J’étais depuis deux ans apprenti plombier à Oshawa, en Ontario, et je suis allé avec lui pour lui tenir compagnie. […] Une fois rendu, on m’a demandé si je voulais tenter ma chance aux tests. On m’a dit qu’il n’y aurait qu’une couple d’heures d’attente, de sorte que je me suis essayé […] J’ai réussi les tests et le reste a suivi. » En août 1951, Lowry est affecté à bord du NCSM Nootka, qui revient de sa première mission en Corée; il s’y trouve toujours six mois plus tard lorsque le bâtiment part pour sa deuxième mission en Extrême-Orient. Technicien de sonars, le jeune homme a cependant reçu une formation à la destruction, de sorte qu’il est détaché pendant six mois auprès de Marines britanniques et sud-coréens qui mènent des raids éclairs contre la Corée du Nord afin d’y détruire ponts, voies ferrées et autres objectifs stratégiques. La guerre terminée, Lowry reste dans la Marine, où il devient officier marinier; il y sert pendant 10 ans, dont 3 comme attaché au service des sous-marins de la Royal Navy. Il est chef d’une authentique famille de marins : son épouse Joan, une Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse, s’enrôle aussi dans la Marine royale du Canada au début des années 1950 et quatre de leurs cinq fils suivront les traces de leurs parents.

  « Mon grand-père s’est enrôlé dans la Marine et moi, dans les cadets de la Marine à l’âge de 12 ans… Comme j’avais un oncle écossais qui avait servi dans la Royal Navy et qui servait dans la MRC, je voulais devenir marin. Quant à mon grand père autochtone, il préférait l’Armée – on pouvait creuser un trou et s’y cacher… Mon grand-père écossais avait aussi servi au cours de la Première Guerre mondiale et tout ce qu’il disait, c’était : “de la boue, de la boue, de la boue et du boeuf salé – au moins dans la Marine, tu auras un lit bien chaud la nuit, mon gars. Si ton bateau est coulé, ça se passera rapidement.” Comme j’aimais bien sa façon de penser, je voulais devenir marin. »

La contribution du Canada passe à un palier supérieur en août 1950, lorsque le premier ministre Louis Saint-Laurent réagit aux pressions de la population et annonce que le Canada va envoyer des forces terrestres en Corée pour appuyer les forces de l’ONU. La Force spéciale de l’Armée canadienne (FSAC) est organisée, ses membres recrutés en hâte, et la première unité arrive outre-mer avant la fin de l’année. Cette brigade d’infanterie compte quelque 5 000 soldats et est constituée autour d’un cadre d’anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale. On ne sait pas combien de soldats autochtones ont combattu en Corée, mais la division des Affaires indiennes a relevé les noms de 73 Indiens inscrits qui se sont enrôlés au cours de la première année. En 1952, la même source fait état de 175 Indiens qui se seraient enrôlés dans la FSAC. Ces chiffres n’ont jamais été validés, mais certaines estimations permettent de croire que « plusieurs centaines d’Autochtones ont combattu sur les champs de bataille ainsi qu’en mer dans une région baptisée, en des temps plus paisibles, le Pays du matin calme ». En tout, le Canada fournit plus de 20 000 soldats aux forces des Nations Unies en Corée – un petit nombre comparativement aux effectifs pendant les deux guerres mondiales, mais néanmoins une force importante où on retrouve plusieurs centaines de militaires métis et membres des Premières nations et de Métis qui ont servi pendant la Seconde Guerre mondiale ou à qui la vie militaire fournit l’occasion de vivre de nouvelles expériences et d’améliorer leur situation économique.

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Le sergent Tommy Prince, ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale très décoré, s’enrôle à nouveau dans le 2e Bataillon, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, pour servir en Corée. Il y mérite trois autres médailles commémoratives de campagne, ce qui porte son total à 11 – un sommet chez les Indiens du Canada. Si ses états de service antérieurs lui ont permis d’acquérir une précieuse expérience, ils ont prélevé un lourd tribut physique : à 35 ans, il souffre d’arthrite aux genoux, et ses douleurs sont exacerbées par le fait qu’il a subi des dommages au cartilage pendant son service chez les parachutistes. Les patrouilles dans les collines accidentées de la Corée sont très éprouvantes pour lui et on lui confie, malgré ses protestations, des tâches moins pénibles avant de l’affecter à un poste administratif au Camp Borden en Ontario. Le guerrier ne tarde toutefois pas à refaire surface et Prince estime que ses genoux sont suffisamment rétablis pour demander à reprendre du service au sein du 3e Bataillon, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry. Sa demande est approuvée et il retourne une dernière fois sur le champ de bataille. Il terminera la guerre affligé d’une claudication marquée et il sera démobilisé en 1954 avec une pension d’invalidité. Il mourra en 1977 à 62 ans.

 

Stephen Simon, un Mi’kmaq de Big Cove, au Nouveau-Brunswick, arrive au front en Corée avec le 2e Bataillon The Royal Canadian Regiment, à l’automne 1951. Opérateur radio dans l’infanterie, il est plongé dans plusieurs situations dangereuses. En juin 1952, il se trouve dans un bunker en face de la Colline 133, où des officiers viennent observer les positions ennemies. L’un des médecins de campagne fait la sourde oreille aux avertissements de ceux qui lui disent de garder la tête basse. « Je pense que c’était la troisième fois qu’il levait la tête, se rappelle Simon, l’obus […] lui a arraché la tête. Des choses du genre se produisaient et […] les survivants continuaient de combattre jusqu’à ce qu’ils soient tués à leur tour. » Simon ne fut heureusement pas une victime de la guerre. Il s’en faut cependant de peu qu’il y laisse son statut d’Indien inscrit. Alors qu’il se trouve outre-mer, il reçoit une lettre de son agent des Indiens, qui lui conseille d’abandonner son statut d’Indien et de demander son émancipation pour devenir citoyen canadien :


Je ne savais pas quoi faire; il n’y avait pas d’autre Indien dans le voisinage à qui j’aurais pu demander conseil. J’ai pensé à mon commandant. Je me suis dit qu’en tant que militaire, il ne devait rien savoir des Indiens, mais comme de toute façon j’avais besoin de conseils, j’ai sollicité un entretien. Je lui ai demandé ce qu’il ferait. Il a jeté les yeux sur mon formulaire et il m’a regardé pendant un moment. « Tu me demandes conseil, voici ce que je veux faire ». Il a pris le formulaire et il l’a déchiré en morceaux et l’a jeté dans sa corbeille à papier en disant : « Je te conseille de ne pas vendre ton statut. Ne laisse personne voler ou prendre ton statut – conserve ton statut, c’est ce que je te conseille. Tu pourras toujours aller chercher un autre formulaire si jamais tu changes d’idée. » Je n’ai jamais oublié ce conseil. Je ne suis jamais allé chercher un autre formulaire et je n’ai jamais vendu mon statut.

 

La communauté métisse est également bien représentée en Corée. Des perspectives économiques médiocres et la pauvreté en poussent certains à s’enrôler dans la Force spéciale. Maurice Blondeau a une formation de mécanicien motoriste, mais quand il constate qu’il ne trouve pas de travail, il « fait de l’autostop de Fort Qu’Appelle à Regina à six heures du matin par une température de 36° sous zéro pour s’enrôler ». Avec une scolarité de neuvième année, Blondeau aboutit dans l’artillerie. Même si, en Corée, il est atteint à la cheville par un éclat de shrapnel qui endommage gravement les ligaments, il reste dans l’armée jusqu’en 1957 avant d’être nommé directeur administratif du Saskatchewan Indian and Native Friendship Centre. Wes Whitford s’enrôle aussi en 1950 parce qu’« il est difficile de trouver du travail ». Il perpétue également une fière tradition militaire familiale :

Neuf de mes oncles ont servi dans la Seconde Guerre mondiale et je voulais faire comme eux. Ils me racontaient toutes ces anecdotes au sujet du bon temps qu’ils avaient eu en Angleterre et en Hollande et je brûlais de servir aussi, mais j’étais trop jeune à l’époque. Alors, quand la guerre de Corée a éclaté, je me suis dis, c’est ta chance de voir du pays, d’acquérir de l’expérience et, bien sûr, d’avoir des médailles. Je voulais des médailles.

Quand ses oncles le taquineront plus tard en lui disant qu’en Corée, « ce n’était pas vraiment une guerre », il leur répondra : « Il y avait de vraies balles et des gens étaient tués […] J’étais fier, très fier. Et je le suis encore. »

Ron Camponi falsifie son acte de naissance pour s’enrôler en 1942, à 16 ans. Congédié quand les autorités découvrent la supercherie, il s’engage à nouveau comme garçon de troupe et sert au Canada jusqu’au printemps de 1946. Huit mois plus tard, il s’enrôle encore, cette fois dans la Force régulière, dans le 2nd Armoured Regiment, Lord Strathcona’s Horse (Royal Canadians), et sert en Corée avec l’Escadron « B » de ce régiment en 1952. Il raconte :

 

La Corée, ça ressemblait à la Première Guerre mondiale. Tout le monde s’était retranché le long du 38e parallèle et on aurait dit les tranchées de 1914-1918 […] Il y avait beaucoup de bombardements et de nombreuses patrouilles. L’infanterie partait en patrouille et nous leur fournissions un appui, retranchés dans nos chars. Les bombardements étaient éprouvants pour les nerfs, car nous ne pouvions aller nulle part; nous ne pouvions déplacer nos chars. Nous prenions note des cibles durant la journée et nous les arrosions de bombes durant la nuit […] C’était une guerre sanglante; on nous tirait dessus, on nous bombardait et des types se faisaient tuer.

Le 13 août 1952, les mortiers chinois touchent des chars de l’Escadron « B » sur la Colline 159 et détruisent l’une des tourelles. Sous le feu de l’ennemi, le sergent Camponi conduit un char de remplacement et ramène le char endommagé. Ses frères servent aussi sous les drapeaux : en août 1952, la page couverture du magazine The Legionary (la revue officielle de la Légion royale canadienne) s’orne de la photographie des trois frères Camponi juchés sur un char en Corée.

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 Les différences de culture et de langue rendent particulièrement difficile pour les Autochtones du Nord le service dans les forces armées. Néanmoins, le rapport annuel de 1952 des Affaires indiennes fait état d’« un certain nombre de jeunes Indiens » des Territoires du Nord-Ouest qui se sont enrôlés dans la force active, « y compris un groupe très représentatif des bandes des Lièvres et des Loucheux. Les premiers rapports reçus de ce groupe de jeunes hommes indiquent que la plupart d’entre eux réussissent bien dans leur nouvelle vocation ». Eddie Weetaltuk, un Inuit né près de la rivière Eastmain au Québec et élevé dans les pensionnats du Nord du Québec et de l’Ontario, est parmi les enrôlés. Après avoir travaillé comme cuisinier et manoeuvre dans des usines de pâtes et papiers dans la région de Timmins, en Ontario, et dans différents camps forestiers de la vallée supérieure de l’Outaouais, il s’enrôle dans la Force spéciale de l’Armée canadienne en 1952 sous le nom d’Eddie Vital. Il combat avec le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry en Corée et, à son retour au Canada, il suit un entraînement de parachutiste et l’instruction à la guerre dans l’Arctique avec la Force de frappe mobile, le cadre de l’Armée régulière chargé de la défense du Canada. Il fait ensuite deux périodes de service en Allemagne de l’Ouest avant de quitter l’armée pour rentrer à Poste-de-la-Baleine (Grande rivière de la Baleine) à la baie James.

« Ce n’est pas facile quand un soldat va à la guerre et revient, la guerre ne finit pas là » [traduction], explique Stephen Simon. « C’est comme la guerre de Corée, ils ont dit qu’elle s’était terminée en 1953, mais [pour] la majorité d’entre nous, elle ne s’est pas terminée là, elle […] nous a accompagnés […] pendant le reste de notre vie. » C’est pour cette raison que Simon participe toujours au jour du Souvenir : « Nous montrons notre gratitude envers tous les anciens combattants, sans exception, qui ont combattu et ont fait le sacrifice de leur vie aux jours sombres de la guerre. »

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