expedition du nil 1884-1885

EXPEDITION DU NIL
1884 - 1885

 

L’ENGAGEMENT DE 86 PASSEURS AMERINDIENS EN EGYPTE.

 

La fameuse Expédition du Nil en 1884-1885 fut organisée pour secourir une garnison britannique commandée par le général Charles (« Chinese ») Gordon, emprisonnée dans la ville de Khartoum par les troupes du Mahdi – chef religieux islamique qui combat pour l’indépendance de l’Égypte et l’établissement d’une république islamique. Le major-général sir Garnet Wolseley, qui s’est fait un nom à la rivière Rouge, commande l’expédition de secours. L’une de ses premières décisions est de prier le gouverneur général du Canada de « tâcher d’embaucher 300 bons voyageurs de Caughnawaga, de Saint-Régis et du Manitoba comme barreurs pour les bateaux de l’Expédition du Nil ».

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Les choses ont bien changé en quatorze ans et il est tout simplement impossible de recruter 300 voyageurs. En 1884, les canotiers, qui ont pendant longtemps assuré le transport de personnes et de marchandises sur de grandes distances, ont presque tous cédé la place au chemin de fer. Il existe cependant en abondance un autre type de spécialistes de la navigation fluviale. Dans les bois du Québec et de l’Ontario, des hommes abattent des arbres pendant l’hiver et empilent les billes sur les berges. Quand la glace se disloque au printemps, et ensuite pendant tout l’été, ces « draveurs » conduisent de grands radeaux de billes vers l’aval, franchissant de nombreux rapides pour atteindre les scieries. Ils connaissent très bien les cours d’eau, ce qui constitue un atout, mais il leur manque l’habileté des voyageurs pour manœuvrer canots et petites embarcations. En tout, 367 hommes sont recrutés, dont 86 Indiens inscrits du Québec, de l’Ontario et du Manitoba. Cinquante-six (56) d’entre eux sont des Mohawks de Caughnawaga, menés par Louis Jackson, qui rédigera plus tard un opuscule intitulé Our Caughnawagas in Egypt, où il relate leurs expériences. « Il y a quelque chose d’inusité, écrit le préfacier anonyme de l’ouvrage, à penser que les Autochtones du Nouveau Monde sont envoyés en Égypte pour apprendre aux Égyptiens à franchir les cataractes du Nil, chose que ceux-ci accomplissent d’une manière ou d’une autre depuis des milliers d’années… ».

La remontée du Nil à partir de la tête de ligne de Wadi Halfa s’avère longue, épuisante et dangereuse. Le lieutenant-colonel Frederick Charles Denison, milicien de Toronto, et ses hommes débarquent au pied de la deuxième cataracte le 26 octobre 1884. Ils sont à peu près à mi-chemin de Khartoum, il leur reste 1 300 kilomètres, quatre cataractes et de nombreux rapides plus petits à franchir. Ils réussissent à transporter les troupes britanniques jusqu’au Haut-Nil, où ils rencontrent en janvier 1885 des vapeurs envoyés de Khartoum par Gordon. Le 24 janvier, ces vapeurs constatent que la ville est tombée aux mains des Mahdistes et que Gordon est mort. L’expédition Wolseley est arrivée 56 heures trop tard. Par la suite, les Britanniques redescendent le Nil, habilement guidés par les draveurs canadiens.

Malgré l’échec de l’opération militaire pour libérer l’infortunée garnison de Khartoum, l’efficacité du contingent canadien est indubitable. Le lieutenant-colonel Coleridge Grove, commandant à Gemai et adjudant général adjoint des services fluviaux, rapporte :


L’emploi des voyageurs fut une réussite manifeste. Sans eux, il est douteux que les bateaux eussent remonté le fleuve et, s’ils y étaient parvenus, on peut tenir pour certain qu’il leur aurait fallu davantage de temps et que les pertes de vie auraient été beaucoup plus nombreuses.

Le brigadier-général F. W. Grenfell, responsable des communications de l’expédition, endosse pleinement l’opinion de Grove : « À mon avis, les Indiens étaient les mieux adaptés au travail dans les rapides. Leur habileté à diriger un bateau dans des eaux turbulentes fut exceptionnelle. Le corps expéditionnaire aurait difficilement pu se passer de leur précieuse assistance. »

 Et finalement, Butler conclut que les meilleurs voyageurs sont :

… les Canadiens français, les Iroquois de Lachine et les Indiens des Plaines et les Métis de Winnipeg. Si nous avions pu obtenir environ 200 autres voyageurs de cette trempe, nous aurions gagné un temps énorme – tellement, en fait, que nous aurions pu consacrer une semaine de plus à concentrer nos forces à Korti.

Aux bateliers qui atteignent Khartoum, on décerne la barrette KIRBEKAN et la médaille THE NILE (1884-1885). Seize Canadiens, dont un Saulteux et deux Indiens de Caughnawaga (Kahnawake), ont perdu la vie. Six se sont noyés dans les cataractes du Nil, deux se sont tués en tombant d’un train en Égypte et huit sont morts de causes naturelles. Même s’ils n’étaient pas très nombreux, les voyageurs autochtones ont joué un rôle important dans l’Expédition du Nil. Et ce ne sera pas la dernière fois que des Autochtones feront partie de corps expéditionnaires canadiens affectés à l’appui d’opérations militaires de la Couronne, loin de leurs territoires traditionnels.

 

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