1ere guerre mondiale 1914-1918

LA PREMIERE GUERRE MONDIALE
1914 - 1918

 

 

1 sur 3, volontaires a plus de 90 %. C’est dans cette proportion que les amérindiens s’engagèrent dans la Première guerre mondiale.

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Donner un chiffre précis d’enrôlement est difficile : au Canada les dossiers des Ministères des Affaires Indiennes ne tenaient pas compte des Inuits, des Métis et des Indiens ne vivant pas dans les réserves. Au États Unis, la plupart des états ne comptabilisaient que deux sortes de races : les blancs et les colorés. Dans les deux pays, rare sont les feuilles d’enrôlements portant la notion ‘’Indian’’.

 

Pratiquement dès le commencement de la guerre, les autorités canadiennes songent à mettre les Autochtones à contribution. Au début, Ottawa hésite. Dans la littérature populaire de l’époque, les « Peaux-Rouges » sont associés à la torture et au scalp, usages parfaitement inacceptables selon les règles de la guerre établies dans la Convention de Genève, ratifiée en 1906. Selon le discours officiel, « même si les soldats britanniques seraient fiers d’être associés à leurs compatriotes sujets de la Couronne, les Allemands pourraient refuser d’accorder à ceux-ci les privilèges de la guerre civilisée ». Le recrutement d’« Indiens inscrits » au Canada est donc interdit. Pendant que cette question est débattue toutefois, de nombreux Autochtones enthousiastes et dévoués se sont déjà précipités vers les bureaux de recrutement et ont commencé leur entraînement pour le service outre-mer. De deux choses l’une : ou bien les unités de la milice ignorent cette interdiction, ou bien elles ont décidé de ne pas en tenir compte.

 

Le département des Affaires des Sauvages, en particulier par la voix de Duncan Campbell Scott, louange les hauts faits de guerre des Indiens inscrits. Le rapport annuel qu’il remet en 1919 précise que, selon les registres officiels, plus de 4 000 Indiens se sont enrôlés, soit l’équivalent d’environ 35 p. 100 de l’ensemble des Indiens inscrits de sexe masculin en âge de servir. Compte tenu des difficultés qui attendent ces recrues, Scott qualifie de remarquable le fait « que le pourcentage des Indiens qui s’enrôlent est en tout point comparable à celui que l’on observe dans d’autres sections de la population et, de fait, bien supérieur à la moyenne dans un certain nombre de cas ». En outre, ces statistiques n’incluent pas les Indiens non inscrits, les Métis ni les Inuits, de sorte que les Autochtones qui ont servi dans les forces armées sont encore plus nombreux que ne l’indiquent les registres officiels

 

Être indien au début du 20eme siècle ne signifie pas non plus s’appeler Whitehorse, Bison assis ou cheval tonnerre. De très nombreux indiens portaient les noms courant de Smith, Williams ou Anderson, triste héritage des écoles blanches obligatoires.

 

Au Canada, on ne s’attendait pas à ce que tant d’Amérindiens se portent volontaires. Au début, le gouvernement avait espéré décourager l’enrôlement des Autochtones et il adopta une politique qui interdisait le service des indiens outre-mer. On croyait en effet que l’ennemi percevait les autochtones comme des sauvages et que ces derniers feraient ainsi l’objet de mauvais traitements s’ils étaient faits prisonniers. La politique ne fut toutefois jamais appliquée de façon rigoureuse et elle fut abandonnée à la fin de 1915 à cause du grand nombre de demandes d'enrôlement de la part des Indiens de même que du besoin pressant de plus de troupes pour les Alliés.

L'appui des collectivités autochtones à l'effort de guerre des Alliés ne fut pas du tout unanime. Par exemple, certains conseils de bande refusèrent d'aider l'effort de guerre des Alliés à moins que la Grande-Bretagne ne leur reconnaisse le statut de nation indépendante. (Statut qui ne leur fut pas accordé.)

Après l'instauration de la conscription - le service militaire obligatoire - par le gouvernement du Canada en août 1917, nombre de chefs indiens pressèrent le gouvernement d'exclure les Indiens. Dans le passé, lors des négociations des traités avec les Indiens, certains chefs de l'Ouest avaient demandé et reçu la garantie du gouvernement britannique que les Indiens ne seraient pas tenus de se battre pour la Grande-Bretagne si celle-ci entrait en guerre. Le gouvernement se fit rappeler ces promesses nombre de fois. En janvier 1918, un décret fut adopté pour exempter les Indiens des fonctions de combat.

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Pour ce qui est de l'enrôlement volontaire cependant, l'enthousiasme des Autochtones fut évident à travers le Canada. Certaines réserves perdirent presque tous leurs jeunes hommes. Par exemple, seulement trois hommes aptes au service et d'âge militaire parmi les Algonquins de la bande Golden Lake restèrent dans leur réserve. Environ la moitié des Micmacs et des Malécites aptes à l'enrôlement au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse s'enrôlèrent et, quoique peu nombreuse, la collectivité de File Hills en Saskatchewan offrit presque tous ses hommes aptes à l'enrôlement. En Colombie-Britannique, tous les hommes célibataires de la bande Head of the Lake âgés de 20 à 35 ans se portèrent volontaires.

Tous les hommes admissibles de la réserve Mi’kmaq, près de Sydney, en Nouvelle-Écosse, se portent volontaires. Les bandes du Nouveau-Brunswick envoient au front 62 de leurs 116 hommes admissibles, tandis que 30 des 64 Indiens admissibles de l’Île-du-Prince-Édouard s’enrôlent. Bien que Terre-Neuve-et-Labrador demeure une colonie distincte pendant les guerres mondiales, on estime à 15 le nombre d’hommes de descendance inuite à avoir servi dans le Royal Newfoundland Regiment de l’armée britannique. Les statistiques pour le Québec sont quelque peu imprécises, mais il y a lieu de penser que le pourcentage d’Indiens qui s’enrôlent y est élevé. En Ontario, tous les hommes admissibles, à l’exception de trois, de la bande algonquine de Golden Lake, s’enrôlent et une centaine d’Anishnawbes (Ojibways) issus de communautés isolées du Nord de l’Ontario se rendent à Port Arthur (Thunder Bay) pour s’enrôler. La réserve des Six-Nations de Grand River aura fournie plus de soldats que toute autre communauté indienne au pays, soit environ 300. Au Manitoba, 20 hommes de la bande Peguis serviront au front – une statistique impressionnante si l’on considère que l’on n’y dénombre que 118 hommes d’âge adulte. Malheureusement, 11 d’entre eux ne reverront pas leur foyer. Dans la même veine, la bande The Pas, la bande sioux de Griswold et la bande St. Peter’s enverront toutes trois plus de 20 p. 100 de leur population mâle adulte outre-mer. Plus de la moitié des hommes adultes admissibles de la réserve Cote en Saskatchewan serviront outre-mer. Seuls 29 Indiens de l’Alberta serviront, mais 17 d’entre eux proviennent de la réserve des Gens-du-Sang.

Aux USA, seul 228 des 17213 inscrits furent refuser pour la guerre, principalement à cause de leur age.

Les Passamaquoddy du Maine, par exemple, la plus petite tribu d’Amérique fournirent 500 volontaires, incluant leur chef Peter Neptune.

 Tous ces cas sont absolument exemplaires. Les hommes qui vivent dans le Nord territorial se portent rarement volontaires, en raison de leur mode vie de subsistance, de leur méconnaissance des événements internationaux et de la quasi-absence de liens avec le monde, inconnu pour eux à quelques exceptions près – entre autres John Campbell, qui parcourt 3 000 milles à pied, en canot et en navire à vapeur pour aller s’enrôler à Vancouver – afin de participer à l’effort de guerre. D’expliquer D.C. Scott, à la fin de la guerre : « Rappelons qu’une partie importante de la population indienne vivait dans des lieux isolés, voire inaccessibles, ne connaissait pas la langue anglaise et n’était de ce fait pas en mesure de comprendre la nature de la guerre, ses causes ou ses conséquences ». Le nombre élevé d’Indiens qui s’enrôlent n’en est que plus remarquable.

 

George White Fox, Indien Crow, a changé son nom en George White afin de pouvoir s’enrôler, il servit à bord du U.S.S Wyoming durant la grande guerre ; mais a son retour de la guerre, le gouvernement du Montana refusa de reconnaître son service militaire. Quand il décéda, il ne reçut ni plaque militaire, ni drapeau pour sa femme. Ses descendants continuent aujourd’hui à ce battre pour faire reconnaître son service militaire.

À Winnipeg, on rapporta dans un journal que « trente descendants des Métis qui combattirent aux côtés de Louis Riel en 1869-1870 ... viennent de s'enrôler à Qu'Appelle. Ils sont tous membres de la Société des Métis canadiens-français de cet endroit. Leurs noms sont inscrits dans le parchemin d'honneur de la Société. »

Une recrue du 52e, William Semia, un trappeur de la Compagnie de la Baie d'Hudson et membre de la bande Cat Lake dans le nord de l'Ontario, ne parlait ni anglais ni français quand il s'enrôla. Peu importe, il apprit l'anglais auprès d'un autre volontaire indien et, plus tard, il arriva souvent qu'on lui confia la tâche d'entraîner les pelotons.

La grande guerre a établi un remarquable record de patriotisme de la part des amérindiens dans un confit qui n’avait aucune raison apparente au bien de leur cause. Plusieurs nations firent leur propre guerre, les Onondagas, Mohawks et Apaches déclarèrent la guerre a l’Allemagne indépendamment des États unis.

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Originellement, les Indiens ne pouvaient s’enrôler aux USA, n’étant pas citoyens américains. Pourtant, 17213 furent enregistrer pour la sélection et 6509 furent engager immédiatement quand les USA entrèrent en guerre. Fait à noter, comme dans toutes les guerres, la plupart étaient volontaire.

 

Pourquoi s’enrôlent-ils? À cette question, Janice Summerby répond « qu’une seule réponse ne saurait suffire; dans les entrevues données à la presse, dans les récits oraux, les biographies et autres ouvrages publiés, les anciens combattants autochtones – comme leurs homologues non autochtones – parlent de leur goût de l’aventure, de l’attrait d’une solde régulière et de leur désir de suivre leurs amis et les membres de leur famille qui partent servir ». Les motivations ne manquent pas; elles vont du patriotisme à leur statut au sein de la communauté. Aux dires d’un agent des Sauvages : « les chefs d’un certain nombre de bandes de la côte Ouest ont dit souhaiter être autorisés à servir l’empire dans ce conflit et ont offert d’envoyer un grand nombre de leurs jeunes hommes si on le leur demande. En Ontario, le chef F.M. Jacobs, de Sarnia, écrit à D.C. Scott pour lui faire savoir que son peuple est prêt à porter « assistance à la mère patrie dans le cadre de la lutte qu’elle mène en Europe. La race indienne est, par principe, loyale à l’Angleterre; cette loyauté fut créée par la plus noble reine qui vécut jamais, la reine Victoria ». Un tel patriotisme n’est pas étranger aux identités et à la culture autochtones. Pour sa part, James Dempsey parle de « l’éthique du guerrier », qui prévaut toujours parmi les Indiens des Prairies et qui pousserait les jeunes hommes à s’enrôler.

Ceux qui servent vivent un choc des cultures d’un type tout à fait particulier. « Pour les Indiens élevés dans un mode de vie traditionnel, l’adaptation à la vie dans l’armée comportait sa part de difficultés bien particulières », observe Gaffen. La hiérarchie militaire stricte du Corps canadien établit une nette distinction entre officiers et soldats, alors que les rapports traditionnels entre chefs et guerriers sont plus égalitaires et familiers. D’autres différences systémiques posent également des difficultés aux Indiens enrôlés pendant la Première Guerre mondiale. Les recrues qui proviennent de communautés isolées se butent à des barrières linguistiques dès le moment où commence leur entraînement dans les grands centres.

 

 Quelques-uns ont la chance de se voir affecter au 107e Bataillon, au sein duquel le lieutenant-colonel Glen Campbell parle la langue autochtone de plusieurs de ses hommes, ou encore dans une unité albertaine qui compte dans ses rangs 16 interprètes – dont le commandant, qui parle lui-même le cri, le chipewyan, le dogrib et plusieurs dialectes de l’inuktitut.

 

Un autre facteur, la santé, joue contre la population autochtone, en particulier pour les Autochtones issus des endroits les plus isolés du pays, où ils ont eu peu de contacts avec l’homme blanc et avec les maladies dont il est porteur. Ces soldats enrôlés sont particulièrement vulnérables à des maladies comme la tuberculose et la pneumonie et beaucoup de ceux qui s’enrôlent sont emportés très tôt dans leur carrière militaire. Cette vulnérabilité sera aussi l’une des raisons invoquées par les aînés restés au pays pour demander la libération d’Autochtones servant à l’étranger, comme ce sera le cas chez les Pieds-Noirs de l’Alberta.

 

Les volontaires amérindiens comptent un plus grand nombre de pertes et de médailles : l’American Expeditionnary Forces compte 2% de pertes et le Canadian expedionnary Forces compte 10% de pertes. Les indiens 3 % de pertes. A l’inverse, seul 2% des soldats blancs recevront des médailles, alors que 30% des indiens en recevront. Ces chiffres s’expliquent par la motivation des indiens pour les missions dangereuses : sniper, éclaireur, estafette … qui leur permet une plus grande liberté de mouvement et ainsi un retour a l’esprit guerrier.

 

Les récits de guerre nous apprennent que les soldats autochtones se distinguent tout particulièrement dans les missions dangereuses mais essentielles de l’infanterie. Les comptes rendus d’actes de bravoure individuels ne manquent pas, entre autres dans des études comme Forgotten Soldiers (Gaffen), Native Soldiers, Foreign Battlefields (Janice Summerby) et Warriors of the King (James Dempsey). Plusieurs thèmes en ressortent clairement. D’abord et avant tout, les soldats autochtones sont louangés pour leurs exploits comme tireurs d’élite et éclaireurs. Gaffen conclut qu’en situation de combat, « les habiletés du chasseur et guerrier indien ont tôt fait de ressortir ». On reconnaît aux soldats autochtones leur sens de l’adaptation et leur patience, mais aussi leur sens de l’observation, leur endurance et leur courage. Ainsi, parce qu’ils sont d’origine autochtone et ont un mode de vie rustique (à quoi s’ajoutent les vieux stéréotypes qui attribuent aux Autochtones un sens extraordinaire de la ruse et de la dissimulation), certains individus se voient parfois confier par l’armée les missions les plus périlleuses.

On dit aussi que beaucoup d’Indiens recherchent ce genre de missions et y excellent. Francis Pegahmagabow, un Ojibway de l’agence de Parry Island en Ontario, est sans doute l’Indien le plus réputé pour son adresse au tir. Il s’enrôle en août 1914 et sert successivement à Ypres, dans la Somme, à Passchendaele et à Amiens. Comme tireur d’élite, il aurait fait plus de 378 victimes dans les rangs ennemis, ce qui fait de lui l’un des meilleurs francs-tireurs parmi les Alliés du front ouest. Il recevra de nombreuses décorations pour bravoure, dont la Médaille militaire et deux barrettes, honneur qui ne fut accordé qu’à 39 militaires du Corps expéditionnaire canadien (CEC).

Le Métis Henry Norwest se distinguera aussi comme tireur d’élite. « Il lui est arrivé de devoir attendre deux jours durant parce que deux tireurs ennemis avaient entendu le bruit de son arme, et de faire comme s’il était l’un des leurs, sachant que l’ennemi soupçonnait sa présence » , de rappeler l’un de ses camarades après la guerre. « Finalement, il les prendra tous deux par surprise, à 15 minutes d’intervalle. » Le caporal suppléant Norwest portera officiellement 115 coups mortels et sera décoré de la Médaille militaire avant de tomber sous un tir ennemi en août 1918.

Au total, au moins 37 soldats d’infanterie autochtones Canadiens seront décorés pour bravoure. Des soldats autochtones se distinguent dans d’autres rôles militaires et, l’Armistice venu, il s’en trouve au sein de bataillons de pionniers, de forestiers et de manoeuvres, ainsi que dans les troupes ferroviaires, le Service vétérinaire, l’Intendance militaire et le Génie canadien.

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Du fait de leur instruction limitée, peu d’Autochtones peuvent aspirer au grade d’officier, mais beaucoup deviennent sous-officiers : caporaux, caporaux suppléants et sergents. Dans les rôles de leadership qui leur sont confiés, les Autochtones instaurent la confiance et démontrent autant de compétence et d’intelligence que leurs camarades non autochtones. Quelques-uns obtiennent le titre d’officier, souvent à cause de leur valeur au combat; c’est le cas notamment des lieutenants Cameron Brant et Oliver Milton Martin, ainsi que des capitaines Alexander Smith et Charles D. Smith, tous issus des Six Nations, et de Hugh John McDonald, originaire de la vallée du Mackenzie. Un petit nombre d’Autochtones servent aussi dans le Royal Flying Corps/la Royal Air Force, entre autres le lieutenant James David Moses, d’Oshweken, et le lieutenant John Randolph Stacey, de Kahnawake. Fin mars 1918, Moses écrit à ses parents :


Mon pilote et moi avons vécu, récemment, quelques expériences très excitantes. Nous avons bombardé les soldats allemands à très basse altitude et avons eu le plaisir de tirer des centaines de balles de mitrailleuses dans ces masses compactes. Ils se sont simplement éparpillés en tous sens en trébuchant. Inutile d’ajouter que ça a chauffé et, lorsque nous sommes revenus à l’aérodrome, nous nous sommes aperçus que notre avion était passablement mal en point.

Le 1er avril, son avion est abattu par un tir antiaérien et il perd la vie. Il est l’un des 88 volontaires des Six-Nations qui meurent pendant le conflit.

 

Le major Tom Reilly (3rd bn – 165th inf div – AEF) dira que les Indiens ‘‘sont toujours sur le front. Si vous avez besoin de trouver un indien, aller sur le front, et surtout dans le no man’s land. Le plus incroyable, est quand un indien meurt, il y en a toujours un autre pour prendre sa place immédiatement.’’

 

Au moins 600 indiens d’Oklahoma, principalement des Choctaws et des Cherokees, servirent dans le 142nd Infantry du 36th Texas Oklahoma National Guard Division. 4 de ces indiens reçurent la croix de guerre française.

 

Les officiers blancs se plaignaient régulièrement que les éclaireurs blancs consultait souvent leur compas lors des missions de reconnaissance de nuit ou dans des forets denses, s’exposant dangereusement aux snipers allemands.

 

Les officiers du 142nd régiment testèrent les éclaireurs en envoyant 5 indiens et 5 blancs dans un exercice de reconnaissance, sans compas. Les officiers notèrent que les Indiens partirent droit sur leur objectif, prirent des informations et revinrent rapidement. A l’inverse, les blancs partaient dans toutes les directions, sauf la bonne !

 

Le succès des soldats indiens sur le front est créditer à la peur des sauvages que ressentais les Allemands. Cette peur était du aux spectacle du Wild West Show et du livre de Karl May, Winnetou ; qui dépeignaient les Indiens comme des sauvages, scalpeurs, se battant au tomahawk. La presse allemande alla jusqu'à dire qu’il y avait des indiens partout sur la ligne de front engagé pour torturer et scalper les soldats allemands. Profitant de cette peur, le commandement américain ordonna que tous les soldats patrouillant de nuit, quel que soit leur origine, devaient être habillés en Indiens.

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HOME FRONT SUPPORT :

 

De nombreuses communautés autochtones souhaitent ardemment contribuer par tous les moyens possibles. Leurs dons au Fonds patriotique deviennent matière à propagande; des affiches font valoir que les peuples autochtones sont si généreux que les autres Canadiens devraient leur emboîter le pas. Des communautés des réserves font des dons à la Croix-Rouge, recueillent des fonds par la vente d’articles d’artisanat et tricotent des chaussettes et des chandails pour les soldats qui servent outre-mer. Des représentants du gouvernement comme D.C. Scott apportent la preuve, statistiques à l’appui, que même s’ils sont souvent pauvres, les Autochtones contribuent généreusement à l’effort de guerre. Les montants varient grandement; ils vont des 7,35 $ donnés par les enfants de la réserve John Smith, à plus de 8 000 $ provenant de l’agence de File Hills. Même les dons les plus modestes sont remis du fond du coeur. Les Sioux d’Oak River envoient leur don de 101 $ directement au Roi, et déclarent : « Personne ne nous l’a demandé; nous le faisons de notre plein gré; c’est peu; mais nous offrons ce don de tout coeur ».

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Au moins 10 000 joignirent la Croix Rouge aux USA et remirent près de 25 millions de $ en bons de guerre.

Un exemple typique de la contribution indienne est l’histoire d’une femme Ute de 75 ans aux USA. Présente lors d’une réunion de la Croix rouge sur sa réserve, elle leva cinq doigts pour signifier sa donation, un doigt représentant 10 $ de dons. Quelques jours plus tard, quand elle vint signer le papier de dons, elle fut indignés de voir le montant de 50$ inscrit. Elle déclare qu’elle voulait donner 500$ et non pas 50$. Le superintendant sur la réserve lui fit remarquer qu’il ne lui resterait que 13$ dans son compte si elle donnait autant. ‘‘13$ pour vire ? C’est amplement assez pour moi, les braves soldats ont besoin de plus que cela pour vivre’’ fut sa seule réponse.

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Lors de la cérémonie de la tombe du soldat inconnue américain, le 11 novembre 1921, le chef des chefs, Plenty Coups fut invités à représenter les amérindiens. Dans sa grande tenue indienne, il déposa un bâton a coup et une coiffe de guerre dans la tombe.

 

Levant les mains au ciel il s’adressa à une foule de 100 000 personnes présentes :

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‘‘Je me sens honoré que l'homme rouge

participe à ce grand événement, car il montre que les milliers d'Indiens qui ont combattu dans la grande guerre sont appréciés par l'homme blanc. Je suis heureux de représenter tous les Indiens des États-Unis pour placer sur la tombe de ce noble guerrier ce bâton et ce bonnet de guerre, chaque plume d'aigle de cette coiffe représente un acte de bravoure de ma vie. j'espère que le grand esprit accordera que ces nobles guerriers n'ont pas renoncé à leur vie en vain et qu'il y aura la paix pour tous les hommes présent. C'est l'espoir des Indiens et de ma prière.’’

Les événements politiques de l’entre-deux-guerres

Dans le rapport annuel du département des Affaires des Sauvages de 1918-1919, le surintendant adjoint des Affaires des Sauvages, Duncan Campbell Scott, écrit:


Maintenant que la paix est revenue, les Indiens du Canada ont raison d’être fiers du rôle qu’ils ont joué dans la Grande Guerre, au pays et sur le champ de bataille. Ils ont su être fidèles à la tradition de leurs valeureux ancêtres qui ont si bien défendu la cause britannique en 1776 et en 1812 et y ont ajouté un héritage d’honneur immortel, qui servira d’exemple et de source d’inspiration à leurs descendants.

 

Au lendemain de la guerre, toutefois, la continuité l’emporte sur les changements dans l’administration des peuples autochtones. « Contrairement au pays, qui a réalisé des gains politiques et économiques », conclut Gaffen, « le sort des Indiens demeure essentiellement le même. Le sacrifice des morts et des blessés ne leur a guère profité politiquement, économiquement ou socialement ». L’historien James Dempsey décrit la déception ressentie par de nombreux anciens combattants indiens des Prairies à leur retour chez eux. Leur découverte du vaste monde les a transformés profondément, mais la société paternaliste qu’ils avaient quittée n’a pas changé. Eux qui avaient le droit de voter outre-mer perdent leurs droits démocratiques après la guerre. De plus, le caractère injuste des critères d’admissibilité et des mesures d’attribution de l’argent et des terres en vue de l’établissement des anciens combattants désavantagent un grand nombre des Indiens qui ont participé à la guerre. Le fait d’avoir combattu outre-mer ne change rien à leur statut légal; ils demeurent pupilles de la Couronne.

Davantage conscientisés sur le plan politique au sortir de leur expérience de la guerre, les anciens combattants commencent à s’organiser politiquement. Fred Loft, membre des Six Nations, prend la tête d’un mouvement politique, la Ligue des Six-Nations du Canada, première organisation politique autochtone pancanadienne, qui voit le jour au début des années 1920. « En tant que citoyens pacifiques et respectueux des lois dans le passé, et même au cours de la dernière guerre, nous avons servi fidèlement notre roi, le pays et l’empire, explique Loft, et nous avons le droit d’exiger en récompense plus de justice et d’équité… ». Le traitement des anciens combattants des Premières nations est l’une des principales préoccupations de Loft et d’autres leaders autochtones. Les soldats autochtones prennent part à la guerre en tant qu’égaux, votent même pour la première fois en 1917, mais lorsqu’ils reviennent, ils ne bénéficient pas des mêmes avantages que les anciens combattants non indiens. La Loi d’établissement de soldats de 1917, puis celle de 1919, forment les pierres angulaires de l’effort déployé par le gouvernement fédéral pour s’occuper de ses anciens combattants après la Grande Guerre, en leur donnant la possibilité d’acquérir des terres et de l’équipement pour l’agriculture à un faible taux d’intérêt. Cependant, lorsque les Indiens inscrits qui ont combattu manifestent leur intérêt à pratiquer l’agriculture dans leurs propres réserves, les Affaires des Sauvages prennent le relais du ministère du Rétablissement civil des soldats dans l’application de cette loi. Les complications relatives à la propriété des terres, à la fois dans les réserves et hors de celles-ci, font en sorte qu’il devient quasi impossible pour les anciens combattants indiens d’obtenir des prêts aux fins de rétablissement. Les allégations selon lesquelles les soldats qui reviennent sont émancipés contre leur gré (perdant ainsi leur titre d’Indiens inscrits) et se voient refuser les avantages prévus dans la Loi sur les allocations aux anciens combattants, et d’autres encore selon lesquelles l’application du Fonds du souvenir est inéquitable et plus de 85 000 acres des terres de réserve soi-disant « excédentaires » auraient été cédées en faveur d’anciens combattants non autochtones désireux de s’établir concourront à mécontenter encore plus les anciens combattants autochtones, dans les années 1920 et 1930.

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Les anciens combattants suscitent une attention empreinte de sympathie. Pendant l’entre-deux-guerres (entre 1919 et 1939), aucun compte rendu [de la Grande Guerre] n’est complet sans que l’on salue au passage la bravoure des Indiens du Canada à la guerre, pour paraphraser l’historien Jonathan Vance. Les liens de camaraderie transcendent les frontières culturelles. La Légion royale canadienne admet que les anciens combattants autochtones sont traités injustement et adopte des résolutions demandant des avantages égaux pour les Indiens inscrits. En 1936, les politiques du gouvernement sont revues afin de refléter ces recommandations. 

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